Trois familles de conditions à remplir
Devenir gendarme ne se résume pas à réussir des épreuves : il faut d'abord être éligible. Les conditions d'accès se rangent en trois familles. Les conditions générales (nationalité, âge, diplôme, situation judiciaire) déterminent qui a le droit de candidater. L'aptitude médicale, évaluée selon le profil SIGYCOP lors d'une visite médicale, vérifie que l'état de santé est compatible avec le métier. L'aptitude physique, mesurée par les épreuves sportives du concours, confirme la condition athlétique. À ces trois familles s'ajoute un volet « apparence et comportement » qui inclut notamment la réglementation des tatouages.
Un candidat peut donc être recalé non pas sur ses notes, mais sur une condition d'éligibilité ou une inaptitude médicale détectée à la visite. C'est pourquoi il faut vérifier ces points en amont, avant de s'investir dans la préparation. Cette page fait le tour des exigences pour le concours de sous-officier de gendarmerie (SOG), la voie de recrutement la plus courante. Les bornes d'âge et de diplôme rappelées ici sont celles du concours SOG externe ; notre guide dédié à l'inscription au concours les rattache à leurs textes. Confirmez toujours celles de la session visée sur lagendarmerierecrute.fr.
Conditions générales : nationalité, âge, diplôme, casier
Pour candidater au concours SOG externe, il faut être de nationalité française, jouir de ses droits civiques et avoir un casier judiciaire compatible avec l'exercice de fonctions militaires. L'âge requis est de dix-sept ans au moins et de trente-cinq ans au plus, appréciés au 1er janvier de l'année du concours (des reculs de limite d'âge restent possibles dans les cas prévus, voir notre guide dédié). Le diplôme minimal est le baccalauréat ou un titre admis en équivalence pour la voie externe. Les candidats de moins de 25 ans doivent en outre être en règle avec les obligations du service national (recensement et Journée défense et citoyenneté).
Le volet judiciaire mérite une attention particulière. L'administration consulte le bulletin n° 2 du casier judiciaire (le B2, plus large que le B3 que vous pouvez demander vous-même) ainsi que, le cas échéant, les fichiers dans le cadre d'une enquête administrative de moralité. Toute mention incompatible avec la déontologie militaire peut entraîner un refus, indépendamment des résultats aux épreuves. Une condamnation ancienne n'est pas automatiquement éliminatoire : c'est la nature des faits et leur compatibilité avec l'uniforme qui sont appréciées. En cas de doute, mieux vaut interroger un CIRFA gendarmerie avant de s'engager dans la préparation.
L'aptitude médicale : comprendre le profil SIGYCOP
L'aptitude médicale des candidats à la gendarmerie est encadrée par l'arrêté du 8 juin 2021, qui fixe les conditions physiques et médicales exigées. Son article 2 pose le principe : l'aptitude est contrôlée au recrutement au moyen d'un profil médical chiffré, le SIGYCOP, noté lettre par lettre par un médecin lors de la visite d'aptitude. Chacune des sept lettres correspond à une fonction de l'organisme et reçoit une cotation chiffrée : plus la cote est basse, meilleure est l'aptitude.
Les sept composantes, énumérées par l'article 3, sont : S (ceinture scapulaire et membres supérieurs), I (ceinture pelvienne et membres inférieurs), G (état général), Y (yeux et vision, hors perception des couleurs), C (sens chromatique, c'est-à-dire la vision des couleurs), O (oreilles et audition) et P (psychisme). Le même article renvoie, pour la cotation des affections elles-mêmes, à un autre texte : l'arrêté du 29 mars 2021.
Attention à une approximation répandue : les sept sigles n'ont pas tous la même échelle. S, I, G, Y et O varient de 1 à 6 ; C varie de 1 à 5 ; P varie de 0 à 5. C'est pourquoi un profil se lit lettre par lettre, et qu'un « 5 » ne veut pas dire la même chose selon le sigle où il se trouve.
Pourquoi cette page ne vous donne pas un profil minimal chiffré, alors que tout le web en donne un : les cotations exigées par emploi ne figurent pas dans le corps de l'arrêté, elles sont renvoyées à ses annexes par les articles 7 à 9. Or ces annexes ne sont pas publiées en texte sur Légifrance : elles ne figurent que sous forme d'images, dans l'extrait authentifié du Journal officiel. Nous ne pouvons donc pas les citer, et nous ne recopions pas un profil que nous n'avons pas lu dans le texte. Les suites de lettres et de chiffres que vous trouverez ailleurs, souvent identiques d'un site à l'autre, ne sont pas des citations de l'arrêté : ce sont des reprises. Ce que l'on sait avec certitude, c'est que la cotation réelle est posée par le médecin des forces, et que certaines unités et spécialités (montagne, plongée, intervention) exigent des profils plus stricts que le recrutement général.
Vue, audition, psychisme : ce que mesure chaque sigle, et où trouver votre seuil
La question la plus fréquente porte sur la vue. La cotation Y évalue les yeux et la vision hors perception des couleurs ; la cotation C, distincte, évalue la perception des couleurs, sur une échelle plus courte (1 à 5). La cotation O couvre les oreilles et l'audition, sur l'échelle de 1 à 6. L'état général (G) et l'appareil locomoteur (S et I) portent l'effort soutenu et le port de charge inhérents au métier : pathologies chroniques, antécédents orthopédiques lourds et traitements au long cours sont examinés au cas par cas. La composante P, seule à commencer à 0, évalue le psychisme.
Sur la chirurgie réfractive, soyons précis sur ce que nous savons et ce que nous ne savons pas : les articles de l'arrêté du 8 juin 2021 n'en traitent pas. Nous n'affirmons donc ni qu'elle est acceptée, ni qu'elle est un motif d'exclusion.
Alors où lire votre seuil ? Trois voies existent, et aucune ne passe par un forum. La première : l'extrait authentifié du Journal officiel, accessible depuis la page Légifrance de l'arrêté, qui contient les annexes sous forme d'images ; c'est le texte lui-même, et il est public. La deuxième, la plus fiable : le CIRFA gendarmerie, qui répond sur pièce et connaît les normes de la session en cours. La troisième, la seule qui fasse foi : la visite d'aptitude, où le médecin des forces pose votre cotation réelle. Ne vous auto-éliminez pas avant d'avoir emprunté au moins la deuxième.
Six règles que l'arrêté écrit noir sur blanc, et que presque personne ne reprend
Si les annexes chiffrées de l'arrêté du 8 juin 2021 ne sont pas lisibles en texte, ses articles, eux, le sont. Et ils contiennent six règles décisives pour un candidat, dont aucune n'est reprise par les pages qui se contentent de recopier un profil SIGYCOP.
1. L'aptitude ne se réduit pas à des cotations. L'article 1er exige aussi l'absence de contre-indication au port et à l'usage de l'arme de dotation individuelle, à la conduite de véhicules légers, et au service externe de jour comme de nuit. Un état de santé compatible avec les cotations mais incompatible avec le service de nuit pose donc problème.
2. Une contre-indication vaccinale définitive élimine définitivement. L'article 4 est sans nuance : toute contre-indication médicale définitive à l'une des vaccinations obligatoires inscrites au calendrier vaccinal des armées constitue une cause d'inaptitude définitive. C'est probablement la règle la plus tranchante du texte, et la moins citée.
3. Un dépistage a lieu, et il n'est pas facultatif. L'article 5 prévoit des dépistages des toxicomanies et de l'alcoolisme à l'occasion des visites médicales.
4. Et l'alcool compte autant que les stupéfiants. L'article 6 vise tout usage de stupéfiant découvert lors de ces dépistages et confirmé par des techniques analytiques, mais aussi toute conduite addictive chronique, notamment liée à l'alcool. Le dépistage de l'article 5 n'est donc pas sans conséquence sur ce second volet.
5. Il existe une dérogation, mais elle n'est pas pour tout le monde. Soyons précis, car cette règle est souvent mal rapportée : l'article 10 réserve la dérogation, totale ou partielle, aux conditions de l'annexe I au candidat militaire qui présente une infirmité résultant d'une blessure, d'un accident ou d'une maladie imputable au service. Ce n'est donc pas un recours de droit commun : un candidat civil qui ne remplit pas une condition médicale ne peut pas s'en prévaloir. L'article 11 est un autre mécanisme, réservé lui aussi aux militaires déjà en poste dont les capacités physiques s'altèrent, et il passe par l'avis du conseil de santé des armées ou des commissions médicales compétentes.
6. La grossesse diffère l'admission, elle ne l'annule pas. L'article 12 prévoit une inaptitude temporaire à un engagement ou à un volontariat initial. Pour une candidate déjà admise, l'admission en école est différée à l'expiration des délais légaux de maternité, et un nouvel examen vérifie alors la conformité aux normes d'aptitude avant l'intégration.
Tatouages : interdits, tolérés, à dissimuler
La gendarmerie n'interdit pas les tatouages en bloc, mais encadre strictement leur visibilité et leur contenu. La règle, rappelée par l'instruction relative à l'apparence des militaires (actualisée fin 2023), tient en deux principes. Premier principe, la visibilité : tout tatouage situé sur une zone restant apparente en uniforme — le visage, le cou et les mains au premier chef — est prohibé. Un tatouage qui peut être entièrement dissimulé par la tenue (sur le torse, le dos, les jambes, ou les bras sous des manches longues ou des manchons) est en revanche toléré.
Second principe, le contenu : quel que soit son emplacement, un tatouage à connotation politique, religieuse, philosophique, discriminatoire, obscène ou contraire aux valeurs républicaines et à la déontologie est proscrit ; s'il ne peut être caché, il bloque le recrutement. L'objectif affiché par l'institution est la neutralité et l'exemplarité de l'uniforme. Conséquence pratique pour un candidat tatoué : faites le point sur l'emplacement et le motif avant de candidater. Un tatouage sur l'avant-bras n'est pas rédhibitoire s'il est couvrable ; un motif sur la main ou le cou, en revanche, devra être traité (détatouage) pour être éligible. En cas de doute, le CIRFA gendarmerie peut donner un avis sur pièce.
Ce qui a changé en 2023 puis fin 2024 (et ce qui n'a pas changé)
L'arrêté du 8 juin 2021 a été modifié deux fois, et la seconde modification n'a de sens qu'à la lumière de la première.
L'arrêté du 20 décembre 2023 a d'abord remplacé l'annexe II, consacrée aux normes d'aptitude médicale des réservistes opérationnels. Son article 1er se borne à cela, et le contenu de la nouvelle annexe est, comme les autres, publié en images.
L'arrêté du 31 décembre 2024 est allé plus loin : l'article 2 dispose désormais, mot pour mot, que « ne sont pas soumis au profil médical dénommé SIGYCOP les candidats à la souscription ou au renouvellement d'un engagement à servir dans la réserve ». L'article s'arrête là. Ce qui remplace le SIGYCOP pour la réserve figure dans l'annexe II, laquelle a précisément été remplacée par l'arrêté du 20 décembre 2023 : des normes propres subsistent donc, mais nous ne les décrirons pas, pour la même raison que plus haut. Il serait contradictoire de déclarer les annexes illisibles puis d'en résumer une.
Point important à ne pas confondre : cette suppression ne vaut que pour la réserve. Les candidats au recrutement d'active (concours SOG, officier, GAV) restent évalués selon le profil SIGYCOP. Si vous visez le concours de sous-officier, la logique des sept cotations demeure la règle. Et comme l'arrêté a déjà été modifié deux fois en trois ans, vérifiez la version consolidée sur Légifrance avant de candidater.
À retenir
Pour devenir gendarme, l'éligibilité se joue sur trois plans : conditions générales (nationalité française, âge de 17 à 35 ans au 1er janvier de l'année du concours, baccalauréat pour le SOG externe, casier B2 compatible), aptitude médicale selon le profil SIGYCOP, et aptitude physique aux épreuves sportives.
Sur le SIGYCOP, nous ne publions aucun profil chiffré : les cotations exigées sont renvoyées à des annexes que Légifrance ne publie qu'en images, et nous ne recopions pas ce que nous n'avons pas lu. Ce que l'arrêté écrit en clair, en revanche, est décisif : il faut aussi ne pas avoir de contre-indication au port d'arme, à la conduite et au service de nuit ; une contre-indication définitive à une vaccination obligatoire des armées est une cause d'inaptitude définitive ; un dépistage des toxicomanies et de l'alcoolisme a lieu aux visites, et les conduites addictives chroniques sont visées au même titre que les stupéfiants ; et la dérogation aux conditions d'aptitude que prévoit l'arrêté n'est ouverte qu'au candidat militaire blessé ou malade du fait du service, jamais au candidat civil.
Les tatouages sont autorisés s'ils sont dissimulables sous l'uniforme et exempts de tout contenu prohibé ; ceux du visage, du cou et des mains sont éliminatoires. La réforme de fin 2024 a retiré le SIGYCOP pour les seuls réservistes, pas pour les candidats d'active. En cas de doute médical ou judiciaire, c'est le médecin des forces et le CIRFA gendarmerie qui tranchent : ne vous auto-éliminez pas sans avis officiel.
▸ Sources
- Arrêté du 8 juin 2021 fixant les conditions physiques et médicales d'aptitude exigées des personnels militaires de la gendarmerie nationale et des candidats à l'admission en gendarmerie (articles 1 à 12 ; les annexes I à VI ne sont publiées qu'en images dans l'extrait authentifié du Journal officiel) · Légifrance
- Arrêté du 20 décembre 2023 modifiant l'arrêté du 8 juin 2021 (remplacement de l'annexe relative aux normes d'aptitude des réservistes opérationnels) · Légifrance
- Arrêté du 29 mars 2021 relatif à la détermination du profil médical d'aptitude en cas de pathologie médicale ou chirurgicale (échelles de cotation des sept sigles du SIGYCOP) · Légifrance
- Arrêté du 31 décembre 2024 modifiant l'arrêté du 8 juin 2021 (les candidats à un engagement dans la réserve ne sont plus soumis au profil SIGYCOP) · Légifrance
- Je porte des tatouages. Puis-je quand même intégrer la Gendarmerie ? · Gendarmerie nationale — Ministère de l'Intérieur
- Devenir gendarme — conditions de recrutement (SOG, GAV, officier) · Gendarmerie nationale — Ministère de l'Intérieur