Le Big Five dans le dispositif d'admission SOG depuis 2025
Depuis la réforme des épreuves SOG en 2025 (arrêté du 30 juillet 2024 — vérifier les modalités exactes pour la session candidatée), l'inventaire de personnalité Big Five OCEAN est intégré au dispositif d'admission, en amont de l'entretien individuel avec le psychologue militaire. Il complète l'évaluation psychométrique du candidat. Le test n'est pas noté avec un score quantitatif sur 20 : il fournit un profil de personnalité que le psychologue exploite pour orienter son entretien et formuler son avis sur la compatibilité du candidat avec les missions de gendarmerie.
Le Big Five est un modèle scientifique de personnalité largement validé en psychométrie (Costa & McCrae, 1985-1992 ; nombreuses méta-analyses depuis). Il mesure cinq dimensions stables de la personnalité, supposées indépendantes les unes des autres et présentes chez tout individu à des degrés variables. Aucune dimension n'est intrinsèquement "bonne" ou "mauvaise" : ce sont les combinaisons et les degrés qui informent sur l'adéquation à un profil professionnel donné.
Les 5 dimensions OCEAN expliquées
Dimension 1 — Ouverture à l'expérience (O) : curiosité intellectuelle, ouverture aux idées nouvelles, créativité, sensibilité esthétique. Score élevé : profil exploratoire, à l'aise dans l'incertitude. Score bas : préférence pour le concret, les routines, les méthodes éprouvées. Pour un gendarme, un score modéré-élevé est apprécié (capacité d'analyse, adaptation aux situations nouvelles) sans être extrême (l'institution valorise aussi le respect des procédures).
Dimension 2 — Conscienciosité (C) : organisation, sens du devoir, autodiscipline, persévérance. C'est la dimension la plus prédictive de la performance au travail dans la littérature scientifique. Pour un gendarme, score élevé fortement souhaité (respect des procédures, fiabilité, tenue dans la durée, discipline militaire).
Dimension 3 — Extraversion (E) : énergie sociale, assertivité, recherche de stimulation, émotions positives. Score élevé : à l'aise en interaction, leadership naturel. Score bas : introverti, plus contemplatif. Pour un gendarme, score modéré-élevé apprécié (contact public, aisance verbale, posture d'autorité) sans être extrême (l'introspection a aussi sa valeur).
Dimension 4 — Agréabilité (A) : coopération, empathie, confiance dans autrui, modestie. Score élevé : harmonieux, collaboratif. Score bas : compétitif, critique, méfiant. Pour un gendarme, score modéré : assez d'empathie pour la victime, assez de fermeté pour ne pas se laisser manipuler.
Dimension 5 — Neuroticisme (N) — souvent inversé en "Stabilité émotionnelle" : tendance à l'anxiété, vulnérabilité émotionnelle, irritabilité. Score élevé en neuroticisme = stabilité émotionnelle faible. Pour un gendarme, score BAS en neuroticisme (= stabilité émotionnelle élevée) fortement souhaité — résistance au stress, contrôle de soi sous pression, résilience aux situations de crise.
Format de passation et durée
Le test passé par les candidats SOG est un inventaire Big Five à 120 items environ, type Likert à 5 ou 7 niveaux (de "pas du tout d'accord" à "tout à fait d'accord"). Durée typique de passation : 15 à 20 minutes. Les items sont des affirmations courtes du type "Je suis quelqu'un de réservé", "Je m'organise méthodiquement", "Je supporte mal les critiques" — chaque affirmation rattachée à une dimension. Certains items sont inversés (codification statistique pour limiter les biais de réponse acquiescente).
Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" réponse : le test n'évalue pas vos connaissances mais votre style de personnalité. Cependant, l'inventaire intègre des indicateurs de validité : items dits "de désirabilité sociale" qui détectent les tentatives de réponse stratégique (donner les réponses supposées attendues plutôt que les réponses sincères). Un profil incohérent ou trop "parfait" est flagué et peut générer un entretien plus approfondi avec le psychologue, voire un signalement négatif.
Le test peut être informatisé (passation sur poste dédié) ou papier selon les sites de sélection. Aucune préparation classique (révisions, fiches) n'est nécessaire ni utile : la sincérité est la meilleure stratégie. La préparation utile est introspective : connaître son profil avant le test pour ne pas être déstabilisé par les résultats.
Profil recherché par la Gendarmerie
Le profil-cible du gendarme tel qu'il ressort des publications académiques et professionnelles sur la sélection militaire et policière française est globalement le suivant : conscienciosité élevée (priorité absolue : respect des procédures, fiabilité), stabilité émotionnelle élevée (= neuroticisme bas : résistance au stress, contrôle de soi), extraversion modérée-élevée (relation au public, posture d'autorité), agréabilité modérée (équilibre empathie/fermeté), ouverture modérée (adaptation au terrain et aux situations imprévues sans excès d'individualisme).
Les profils à risque éliminatoire ne sont pas définis publiquement par la Gendarmerie. Mais les indicateurs courants en sélection militaire et policière (références : INSERM, ENSP, écoles militaires) signalent : neuroticisme très élevé (impulsivité, vulnérabilité émotionnelle, intolérance à la frustration), agréabilité très basse (hostilité chronique, méfiance pathologique), conscienciosité très basse (négligence procédurale), incohérence interne du profil (signaux de réponses non sincères).
Dans le cadre du concours SOG post-2025, l'avis du psychologue militaire qui exploite le profil Big Five est qualitatif : il ne calcule pas une note mais émet un avis (favorable, réservé, défavorable) sur l'aptitude psychologique du candidat. Cet avis pèse dans la décision finale du jury, sans être l'unique critère. Un profil atypique n'est pas automatiquement disqualifiant : la cohérence interne du candidat et la qualité de l'entretien comptent autant que le score absolu sur les dimensions.
Préparation : connaître son profil, répondre avec sincérité
La règle d'or : répondez avec sincérité. Tenter de "jouer" le profil souhaité est risqué (les indicateurs de désirabilité détectent ces tentatives) et contre-productif (un candidat mal aligné avec les attentes du métier sera de toute façon malheureux ensuite). La préparation utile n'est pas de tricher mais de mieux se connaître pour aborder le test serein.
Étape 1 — connaître votre profil approximatif : passez un test Big Five gratuit en ligne (par exemple via IPIP — International Personality Item Pool, ou des plateformes universitaires). Cela vous donne une indication de vos dimensions dominantes. Notre site propose un Big Five OCEAN d'entraînement gratuit pour les utilisateurs créant un compte (aperçu 10 questions, 120 items dans la version complète Premium).
Étape 2 — identifier les écarts éventuels avec le profil-cible gendarme : si vous découvrez un score très élevé en neuroticisme par exemple, c'est l'information utile à apporter en entretien (avoir conscience de sa vulnérabilité et avoir mis en place des stratégies de régulation : sport régulier, méditation, sommeil discipliné — voilà un discours adulte et crédible).
Étape 3 — préparer l'entretien psychologue militaire : il vient APRÈS le Big Five et exploite vos résultats. Préparez des exemples concrets de situations passées illustrant chaque dimension recherchée (situation de stress maîtrisée, organisation rigoureuse, contact public, équilibre empathie/fermeté). Ce que le psychologue cherche, c'est la cohérence entre vos réponses au test, votre discours, et votre comportement observé pendant les épreuves d'admission. Soyez vous-même.
▸ Sources
- Costa, P.T. & McCrae, R.R. (1992). NEO PI-R Professional Manual — Psychological Assessment Resources
- Arrêté du 30 juillet 2024 portant programme des épreuves SOG — Journal Officiel de la République Française
- IPIP — International Personality Item Pool — Oregon Research Institute