Trois catégories de militaires, une même hiérarchie
La gendarmerie nationale est une force armée : ses personnels ne sont pas des fonctionnaires civils mais des militaires, et leur hiérarchie obéit donc à la hiérarchie militaire générale fixée par le Code de la défense. Comprendre les grades, c'est d'abord distinguer trois grandes familles de personnels opérationnels.
En bas de l'échelle, les gendarmes adjoints volontaires (GAV) sont des militaires du rang, engagés sous contrat. Au cœur de l'institution, les sous-officiers de gendarmerie (SOG) forment la grande majorité des effectifs : ce sont eux que l'on croise en brigade, sur la route ou en enquête. Au sommet, les officiers de gendarmerie (OG) exercent les fonctions de commandement et de direction. À ces trois familles s'ajoutent des corps de soutien — le CSTAGN pour les sous-officiers, l'OCTA pour les officiers — qui assurent les missions techniques et administratives avec des grades parallèles.
Une règle simple structure l'ensemble : on progresse d'un grade à l'autre à l'ancienneté et au mérite, chaque montée s'accompagnant d'une hausse de responsabilités et de solde. Voici, catégorie par catégorie, l'ordre exact des grades et la façon de les reconnaître.
Les gendarmes adjoints volontaires (GAV) : l'entrée dans l'institution
Le GAV est un militaire engagé sous contrat (d'une durée maximale de cinq ans, renouvellement compris). Il n'est ni sous-officier ni officier : il dispose de grades et d'appellations qui lui sont propres, et seconde les sous-officiers dans leurs missions quotidiennes. C'est souvent une première marche vers le concours de sous-officier, que beaucoup de GAV présentent en interne après quelques mois de service.
Les grades des GAV se gravissent dans cet ordre : gendarme adjoint de 2e classe à l'engagement, puis gendarme adjoint de 1re classe, brigadier et enfin brigadier-chef. L'avancement dépend de l'ancienneté, de la manière de servir et des besoins de l'unité ; le passage à brigadier intervient en général après environ un an de service satisfaisant. Les appellations « brigadier » et « brigadier-chef » rappellent l'héritage de cavalerie de la gendarmerie, tout comme certains grades d'officiers que nous verrons plus loin. À noter : le GAV est rémunéré et logé en caserne, et son temps de service est valorisé s'il poursuit ensuite une carrière de sous-officier.
Les sous-officiers de gendarmerie : le cœur des effectifs
Les sous-officiers de gendarmerie constituent l'immense majorité des gendarmes — ceux qui arment les brigades territoriales, les pelotons et les unités spécialisées. On accède à ce corps par le concours de sous-officier (externe ou interne), suivi d'une formation en école de sous-officiers de gendarmerie (ESOG) pendant laquelle on porte le grade d'élève-gendarme.
La hiérarchie des sous-officiers s'établit, dans l'ordre, ainsi :
- Élève-gendarme (pendant la formation initiale) ;
- Gendarme (le grade de référence en sortie d'école) ;
- Maréchal des logis-chef (souvent abrégé « MDC ») ;
- Adjudant ;
- Adjudant-chef ;
- Major (grade le plus élevé du corps, complété d'un échelon exceptionnel).
Chaque grade comporte plusieurs échelons gravis à l'ancienneté : selon le statut particulier du corps, le grade de gendarme compte une douzaine d'échelons, celui de maréchal des logis-chef sept, l'adjudant et l'adjudant-chef neuf chacun, et le major six échelons plus un échelon exceptionnel. C'est cette mécanique d'échelons qui fait progresser la solde indiciaire tout au long de la carrière, indépendamment même des changements de grade. L'appellation « maréchal des logis » renvoie, elle aussi, à la tradition de cavalerie ; dans la gendarmerie, le premier grade de sous-officier de carrière reste toutefois celui de gendarme.
Les officiers de gendarmerie : du lieutenant au général
Les officiers exercent les responsabilités de commandement, de la compagnie jusqu'aux échelons de direction. On devient officier de gendarmerie principalement par le concours donnant accès à la formation de l'École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN, à Melun, rattachée depuis 2024 à l'Académie militaire de la gendarmerie nationale), ou par promotion interne pour les meilleurs sous-officiers (officiers issus du rang).
La hiérarchie des officiers se lit en trois étages. Les officiers subalternes d'abord : sous-lieutenant (premier grade, à la sortie d'école), lieutenant et capitaine. Les officiers supérieurs ensuite : chef d'escadron — c'est l'appellation, propre à la gendarmerie et héritée de la cavalerie, du grade de commandant —, lieutenant-colonel et colonel. Les officiers généraux enfin : général de brigade, général de division, général de corps d'armée et général d'armée, ce dernier étant le grade le plus élevé.
Le grade de sous-lieutenant ou de lieutenant s'obtient dès la sortie de formation pour les officiers de carrière ; la progression ultérieure dépend de l'ancienneté, de la sélection et des postes occupés. Le commandement des régions, des groupements et les directions centrales sont tenus par les officiers supérieurs et généraux.
Lire les galons : couleur, grenade et étoiles
Les insignes de grade de la gendarmerie se portent sur les épaules ou la poitrine et se déchiffrent selon trois éléments. Le premier est l'emblème de fond : la gendarmerie se reconnaît à sa grenade « à bois de cerf » (une grenade enflammée surmontée de bois de cerf stylisés), qui la distingue des autres armées.
Le deuxième élément est la couleur du galon, qui indique la subdivision d'arme : l'argent (blanc) correspond à la gendarmerie départementale — les brigades territoriales —, tandis que l'or (jaune) signale la gendarmerie mobile et la garde républicaine. Un même grade peut donc apparaître en argent ou en or selon l'unité du gendarme.
Le troisième élément est le nombre et la forme des attributs (barrettes, ficelles), qui montent avec le grade. Pour les officiers généraux, le repère le plus simple est le nombre d'étoiles : deux pour un général de brigade, trois pour un général de division, quatre pour un général de corps d'armée et cinq pour un général d'armée. Une fois ces trois clés en main — emblème, couleur, nombre d'attributs —, on identifie un grade d'un coup d'œil.
Et les corps de soutien : CSTAGN et OCTA
À côté des gendarmes affectés aux missions de terrain, deux corps assurent le soutien technique, logistique et administratif de l'institution, avec leurs propres grades calqués sur la hiérarchie militaire. Le CSTAGN (corps de soutien technique et administratif de la gendarmerie nationale) regroupe des sous-officiers de soutien — du gendarme au major —, tandis que l'OCTA (officiers du corps technique et administratif) en constitue le pendant pour l'encadrement. Leurs galons reprennent les codes généraux de la gendarmerie, avec des attributs distinctifs propres au corps. Ces voies, accessibles par des concours spécifiques, ouvrent des carrières d'expertise (gestion, finances, systèmes d'information, infrastructure) sans passer par les unités opérationnelles classiques.
À retenir
La gendarmerie compte trois grandes familles de grades, du plus modeste au plus élevé : les gendarmes adjoints volontaires (gendarme adjoint de 2e puis de 1re classe, brigadier, brigadier-chef), les sous-officiers de gendarmerie (élève-gendarme, gendarme, maréchal des logis-chef, adjudant, adjudant-chef, major) et les officiers (sous-lieutenant, lieutenant, capitaine, chef d'escadron, lieutenant-colonel, colonel, puis les généraux). On progresse à l'ancienneté et au mérite, sous réserve des qualifications prévues par le statut. Côté insignes, retenez les trois clés de lecture : la grenade à bois de cerf propre à la gendarmerie, la couleur du galon (argent pour la gendarmerie départementale, or pour la mobile et la garde républicaine) et, pour les officiers généraux, le nombre d'étoiles.
▸ SOURCES
- Code de la défense — hiérarchie militaire générale (art. L4131-1 et suivants) — Légifrance
- Décret n° 2023-675 du 28 juillet 2023 modifiant le statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie — Légifrance
- Grades et carrière — devenir gendarme — Gendarmerie nationale — Ministère de l'Intérieur
- Gendarmerie nationale — site officiel — Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN)
Comment on monte en grade chez les sous-officiers
L'avancement n'est pas automatique : il combine une condition d'ancienneté et, le plus souvent, l'obtention d'une qualification professionnelle prévue par le statut. Le corps des sous-officiers de gendarmerie est régi par le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008, modifié à plusieurs reprises — notamment par le décret n° 2023-675 du 28 juillet 2023.
Dans les grandes lignes, le passage de gendarme à maréchal des logis-chef suppose en règle générale au moins deux ans d'ancienneté dans le grade et une qualification (le certificat d'aptitude technique), ou bien une ancienneté de service plus longue ; en pratique, il intervient souvent après trois à quatre ans de carrière. Le passage à adjudant, puis à adjudant-chef, puis à major obéit à la même logique : une ancienneté minimale dans le grade précédent (de l'ordre de deux ans) et, pour les grades les plus élevés, une qualification supérieure assortie d'une sélection. Atteindre le grade d'adjudant correspond ainsi, le plus souvent, à un sous-officier comptant déjà une dizaine d'années de service et une valeur professionnelle reconnue. Les conditions exactes (durées, qualifications, quotas annuels) sont fixées par voie réglementaire et révisées régulièrement : vérifiez le statut en vigueur l'année concernée.